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ÉVÉNEMENTS

RÉTROSPECTIVE GUY GILLES /// CINÉMATHÈQUE FRANÇAISE

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DES BOUQUINS SOUS LE SAPIN

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FANTÔMAS, STYLE MODERNE
ISBN2-87340-167-2

Philippe Azoury - Jean-Marc Lalanne
FANTÔMAS, STYLE MODERNE
En collaboration avec le Centre Pompidou.

2002
120 pages
13 x 17 cm
13.00

Fantômas laissait derrière lui des cartes de visite rédigées à l’encre sympathique. Leur sens ne s’y révélait que graduellement.
Aujourd’hui, et alors que la netteté de ses faits s’estompe avec le temps (quatre-vingt-dix années ont passé depuis sa première manifestation), l’Insaisissable apparaît, plus majestueux que jamais, criminel, toujours le même : mélange de dandy, de bandit, à la fois metteur en scène et acteur. […]

[…] La portée de ses infamies n’a jamais été aussi moderne : attenter au visible, à la représentation, au spectacle. Élever en son nom l’autel du XXe siècle. Exquis cadavre qui ne veut décidément pas pourrir.
 

Philippe Azoury
– Jean-Marc Lalanne 
Ni Juve ni Fandor, plutôt Heckel-et-Jeckel bariolés, et bien qu’ayant signé articles et impostures dans Libération, les Cahiers du cinémaMax, les Inrockuptibles, Trafic, Idol, Cinergon, Rebel, 1895, Cinémathèque, HK, Art Press, Perso, Philatélie Madame… Philippe-Azoury-Jean-Marc-Lalanne n’existe pas. Et vous ? 
 
 
Préface
Fantômas nous appartient
Par Dominique Païni

Fantômas s’identifie au cinéma entier, au titre même de ce qui faisait dire à René Clair que « le cinéma, en son entier, était une avant-garde ». D’emblée, au début des années dix, Louis Feuillade adapte au cinéma une forme littéraire issue du siècle précédent (le feuilleton) et dont on ne pouvait imaginer qu’elle fixerait une des plus évidentes spécificités de l’art cinématographique.
Fantômas (puis les Vampires, Tih-Minh, Barrabas et Judex) conjuguèrent, dans un agencement affirmé, sinon rigide, des épisodes courts et répétitifs indissociables d’un interminable emportement fictionnel. Autrement dit, des nouvelles policières closes, indéfiniment relancées dans un fleuve romanesque dont rien ne laisse présager la fin.
En d’autres termes encore, Fantômas reflète ce qui fonde ontologiquement le cinéma : discontinuité des photogrammes et continuité du mouvement. Et cette relation intime entre la structure d’un récit et le matériau proprement dit du cinéma est probablement ce qui explique cette exceptionnelle et persistante jeunesse de Fantômas. Nick Carter ou la série des Zigomar n’étaient pas détenteurs de ce secret. La clôture de leurs épisodes et la relance dramatique n’étaient pas aussi nettement ciselées. Le spectateur n’était pas encore invité à la répétition scrupuleuse d’un sommet dramatique dans chaque épisode, assorti et conclu par une détente provisoire, pour mieux justifier la reprise de l’épisode suivant. Que ce soit la montée du suspense qui accompagne la substitution Fantômas/Valgrand dans le premier épisode ou l’étreinte du serpent dans le second, Feuillade mesura avec précision les échecs et les lassitudes du commissaire Juve de manière à relancer plus tard l’énergie narrative. Cette alternance entre la rapidité des événements et la chute provisoire des épisodes donne à vivre une expérience probablement unique, dont le cinéma ultérieur retiendra la leçon. Incontestablement, cette leçon est française car, en 1914, les Mystères de New York, quel que soit le sex-appeal  de Pearl White, n’étaient pas dotés de cette respiration.
La rétrospective qu’accompagne ce livre est organisée parallèlement à l’exposition la Révolution surréaliste.
C’est devenu une anecdote répétée de l’histoire de l’art du XXe siècle : les surréalistes aimèrent Fantômas et ils en virent extasiés, les épisodes quasi improvisés au gré des réactions du public par un cinéaste dont le nom prédestinait au feuilleton. René Magritte et Victor Brauner le peignirent et Robert Desnos fut un de ses dévots. Dans un célèbre passage de Nadja, on mesure plus encore son influence : « Des escaliers secrets, des cadres dont les tableaux glissent rapidement et disparaissent pour faire place à un archange portant une épée ou pour faire place à ceux qui doivent avancer toujours, des boutons sur lesquels on fait très indirectement pression et qui provoquent le déplacement en hauteur, en longueur, de toute une salle et le plus rapide changement de décor, etc. » On ne saurait mieux évoquer les dispositifs d’escamotage feuilladiens : double fond, feuilletage du décor bricolé…
Il faudra attendre 1960 et Paris nous appartient de Jacques Rivette, pour en retrouver un écho renouvelé, mais inscrit dans une forme cinématographique marquée par le Nouveau Roman… Avec Rivette, c’est à l’échelle d’un unique film – c’est-à-dire sans épisode – que se distillent les petits emportements et les immédiates résignations (qui expliquent l’ennui des spectateurs devant le cinéma moderne des années soixante), pulsations subtiles et délicates qui paraissent supprimer toute acmé dramatique au profit d’une indifférente errance. Le Paris qu’enjambe Fantômas dans l’image populaire légendaire, est devenu avec Rivette un Paris d’hasardeuses promenades mues par des complots plus esthétiques que mondains et vénaux. 
Entre ces deux dates, 1913-1958, beaucoup de films sont oubliés dont les bandes populaires de Hunebelle, dotées d’un parfum kitsch aujourd’hui. Mais la figure de Fantômas a finalement survécu. Et bien à la manière du personnage maléfique et polymorphe, cette figure est parfois revenue sous d’autres traits chez le flamboyant Mario Bava ou le sombre Siodmak ou encore chez le cinéaste marqué par le maître Rivette, Laurent Perrin. Au-delà de la fidélité surréaliste de Moerman ou Franju, les deux piliers du classicisme que sont Lang et Hitchcock, inventèrent des personnages aux vocations parfois voisines et aux trajectoires morales et visuelles comparables (Mabuse, les Araignées, le Chat élégant et délicieux dela Main au collet). Apothéose de Fantômas, les Vampires habitent enfin l’imaginaire des cinéastes contemporains (Assayas).
Philippe Azoury et Jean-Marc Lalanne ont compris le profit qu’ils pouvaient tirer de cet ami fictionnel (comme Deleuze rappela un jour la belle formule ami philosophique).
Fantômas produit encore du sens aujourd’hui, favorise la migration des images entre les décennies et les différents arts visuels.

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