ÉDITIONS YELLOW NOW

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ÉVÉNEMENTS

RÉTROSPECTIVE GUY GILLES /// CINÉMATHÈQUE FRANÇAISE

SIGNATURE ET PROJECTION / RENCONTRES DU 29

DES BOUQUINS SOUS LE SAPIN

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Walking With the Dog
9782873403942

Jean Marc Chapa
Walking With the Dog


2016
212 pages
16 x 24 cm
28.00

Voilà, c'est un itinéraire de vie, une promenade aventureuse pleine de beautés et de coups et de bosses, une promenade aux côtés des chiens, évidemment avec le titre c'est encore plus tentant de faire la rapprochement avec les cyniques mais il n'y a pas de cynisme, il n'y a que de la vie sous toutes ses formes qui ne se laisse pas compartimenter, écoler, étiqueter, l'essentiel est dans la rencontre, aussi dans la volonté et dans le besoin d'une recherche, […]

[…] avec quelque part à l’horizon l’affirmation d’un langage photographique propre, enfin plus ou moins propre, le sale ça intéresse aussi, il y a l’utilisation d’un simple compact argentique, le mélange de la couleur et du noir et blanc, et puis la combinaison du flash direct et de la lumière naturelle, tout ça contribue à l’expression d’une sorte de style ­docu­­mentaire intime et personnel, c’est une série qui n’en est pas une, c’est une obsession qui replonge et qui refait surface, et qui par instants fixe, dans la sensibilité, dans l’insensibilité, dans l’hypersensibilité, la dérision de la condition ­humaine, de la condition humaine actuelle,­­ mais de façon frontale, dans son chaos, son mystère, dans sa solitude, forcément il y a le beau et le laid, il y a l’animal et le végétal, le banal et le marginal, tous abordés de façon équivalente, tout peut entrer dans un dialogue visuel, le dialogue visuel puissant et silencieux du vivant, la photographie c’est un corps-à-corps, c’est une fonction vitale, un muscle cardiaque, c’est de la pulsion et de la pulsation, en même temps dans une errance il ne faut pas tout précipiter, il faut se pencher et cueillir, tous les fruits sont fragiles, ils durent un instant et ils tiennent des années, cinq années au moins, une errance photographique de cinq années à travers les principales métropoles occidentales et européennes, quelques ­ima­ges qui remontent de beaucoup plus loin encore, tant de vies ana­chroniques en une seule, ne pas se lasser d’observer le monde qui nous entoure dans sa beauté, dans son étrangeté, sa diversité, sans se demander ce que c’est qu’un message social, sans se demander s’il y en a un, si oui il appartient aux images et à ce qu’elles diront ou pas, pas à ce que l’on pourrait en dire, un peu comme Artaud se disait plutôt à la recherche d’adeptes bouleversés que d’adeptes convaincus, voilà, il n’y a pas de message, pas d’intention, seul le bouleversement compte et il est parfois noir, mais c’est de la poésie noire, il faut parfois du courage pour aller plus loin dans le noir, ça a l’air convenu mais si on y va seul ça ne l’est pas, il faut surtout s’autoriser à remonter jusqu’à une pensée inconfortable, on n’en perd pas pour autant le fil du désir, c’est lui qui est sous-jacent, il n’y a pas de sous-entendu à part le désir, c’est lui le fil conducteur inexplicable, l’inexplicable appétit des yeux, désir jeune ou vieux, lourd ou léger, moral ou immoral, vivant toujours, il est la preuve ultime que nous sommes toujours vivants, et puis tous ceux qui semblent aller à tâtons dans leur propre vie, tous ceux qui semblent être des ombres dans leur propre théâtre, hein, qui va mesurer la qualité du rêve de ces gens, l’intensité de l’émotion nichée dans la moindre vie brève, la force du désir quand la plaine est en flamme, là j’emprunte à Dany Laferrière, et le dernier train parti, la vie mystérieuse, l’énergie du désespoir, ça n’est pas que des mots, c’est ce qui est quand les mots manquent, il ne s’agit pas de photographier pour faire des images mais pour donner un sens à sa vie, se perdre dans les rues comme un animal sauvage, respirer l’humain, se demander qui l’on est, c’est d’un banal et c’est un abîme, cette vieille, cette éternelle question de l’identité, ce reniflement permanent de l’humanité des autres, ces instants de vérité et de mise à nu, même si Jim Harrison avait sûrement raison, il n’y a pas de vérité, il n’y a que des histoires, ce n’est même pas si vrai, il y a des gens qui n’ont pas d’histoire et c’est pire encore que d’en avoir une triste, mais tout de même il y a le sens aigu du temps qui passe, l’indécence du désespoir, la dignité envers et contre tout, ces besoins d’exprimer son époque plus que de la documenter, de s’imprégner et d’éponger le débord, tout, partout, rappelle aux hommes que leur situation est précaire…


Extrait du texte de JM Chapa et Emmanuel d'Autreppe

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