LE RAVISSEMENT DE NATACHA


Marcel Hanoun LE RAVISSEMENT DE NATACHA 2007 48 pages 14 x 16 cm 7.00


Nous avons tous été frappés par l'aventure de cette jeune femme (Natacha Kampusch), petite fille d'abord, séquestrée durant huit années, s'offrant à une part secrète, maudite, de notre curiosité, de notre inconscient. Ma curiosité de cinéaste est singulière. Je veux tenter d'imaginer, de pénétrer la pensée, les affects de l'homme, le ravisseur. Je veux orienter l'attention du spectateur, vers l'autre face du miroir, vers la face cachée de l'histoire, l'envers de sa médiatisation. M.H.


Préface /// Marcel Hanoun J’ai fait « 77 » films (ce n’est qu’une image). Je tourne depuis ma naissance : mon père filmait, me filmait en 9,5 mm. Je suis un travailleur de l’éphémère et du pérenne, passé depuis les années 50 du 16 images/seconde (cinéma d’amateur) au 24 puis 25 images/seconde (la vidéo), du 35 mm au Super 8. Je pratique la fuite en avant, accumulant réalisation sur réalisation, avec des moyens illimités et dérisoires, pour un avenir élastique et lointain.

Longtemps j’ai voulu être maître de ma liberté, m’affranchir du corporatisme, de la pesanteur économique du cinéma et de trompeuses règles de la faisabilité du film.

Longtemps j’ai cru que l’œuvre et son créateur étaient seuls garants d’eux-mêmes, que le public était libre de ses choix, j’ai cru aussi que la critique pouvait découvrir, créer, innover, que le critique était plus qu’un simple passeur entre l’œuvre et le spectateur ; un alter ego ouvrier du cinéaste. J’ai cru que l’information, la communication, la transmission n’était pas que des mots bruyamment creux et que le film est une constante plongée dans notre contemporanéité.

J’ai toujours tourné dans l’urgence et la nécessité, dans une clandestinité obligée, des films peu montrés, souvent refusés avant même d’avoir été vus par des instances culturelles et commerciales. Mes images sont des images de contrebande, celles d’un marginal et illicite commerce. Elles sont vraies d’être travaillées à la faux, face à toutes les images licites et pornographiques.

Je crois que l’œuvre n’a pas d’époque, que le temps ne peut corrompre le langage. Je crois aussi que « la mise en circulation, la diffusion de toute nouvelle création audiovisuelle est un droit, elle ne peut qu’être un pari, le pari que l’œuvre parte à la découverte d’un public nouveau, inconnu, qui reconnaisse à son tour une œuvre nouvelle, non répétitive, inattendue. »