MISHMASH OU LA CONFUSION


Christian Carez MISHMASH OU LA CONFUSION 2012 96 pages 21 x 17 cm 23.00


Préface de Caroline Lamarche Peut-on jouer avec l’Histoire et avec nos souvenirs les plus intimes, famille, amours, engagements politiques ? Comment se nomme ce qui remonte à la surface, cette écume composite, ces taches de lumière sur fond sombre où ce que nous croyons voir se déplace sans cesse ? […]


[…] Mishmash : c’est le nom que les enfants des rues de Bruxelles donnaient au mélange d’eau et de terre avec lequel ils jouaient, il n’y a pas si longtemps. C’est, en yiddish, la confusion. La réponse est là. Au départ d’un magma faire surgir une forme. Activité ludique et grave où l’homme qui revoit sa vie – depuis sa naissance le 13 mars 1938, jour de l’entrée d’Hitler à Vienne, jusqu’à aujourd’hui, devant la fenêtre ouverte sur les astres – retrouve l’enfant qu’il était, absorbé et rêveur. Mishmash est le fruit d’une alchimie, de ce mélange entre la réalité et l’affabulation qu’est tout travail de mémoire. Un récit qui ne se donne pas d’emblée mais se découvre au fur et à mesure, avec un étonnement qui se mue très vite en curiosité puis en fascination pour cette succession d’images si limpides et si ambiguës à la fois. À une époque – la nôtre – menacée par la simplification, voici un voyage troué d’ellipses, un ciel noir piqueté d’étoiles. Le regard embrasse à la fois les rafles de 1942 et le jardin maternel, un groupe de résistants et la baignoire où flottent des canards de plastique, le gibet et la partie de tennis. De la confusion naît l’ordre, un ordre que Christian Carez a l’élégance, ou l’humour, ou l’audace de faire paraître aléatoire, au fil de non-dits, d’allers-retours, d’échappées, telle la pensée lorsqu’elle brasse songeusement cette galaxie qu’est une vie d’homme. Trente-six photographies pour nous projeter dans un siècle, une existence. L’étonnant est que ce siècle si riche en événements dramatiques, cette existence si secrète et engagée à la fois, trouvent à se dire avec une telle économie et tant d’éclat. Un éclat qui ne nous aveugle pas, un clin d’œil, plutôt, vigoureux et fraternel, une invitation à entrer dans cette marelle d’images, à y sauter de case en case et, ce faisant, à pénétrer par la porte du jeu dans un univers fait de guerres, de résistances, de voyages, de deuils, de réparations et de joies.

Tout ce qui pouvait être vécu l’a été. Ouvrons les yeux. N’ayons pas peur. Nous serons peut-être transportés ailleurs. Mais nous ne nous perdrons pas. Caroline Lamarche

Christian Carez. Né en 1938, son enfance est marquée par la guerre. études de photographie à La Cambre, école des beaux-arts bruxelloise alors proche des principes du Bauhaus, dans laquelle il fut professeur de 1981 à 2002. Photographe multiple et composite, deux axes déterminent son parcours. D’une part des travaux mis en scène, fictionnels, comme Mishmash ou la Confusion, sorte de saga retraçant son histoire, celle de sa famille et de ses amis entre les années vingt et la fin du XXe siècle ou comme les Lieux désertés, pèlerinage sur les traces d’un amour tragique dans l’URSS de la fin des années 50. D’autre part des photographies documentaires et de paysages, comme Le jour se rêve qui évoque le sort de ces millions de gens de la très riche Europe occidentale qui sont les laissés pour compte d’un système qui ne laisse pas beaucoup de place à l’homme.


Bibliographie : Une esthétique de l'espace, Jean-Pierre Ghysels, sculpteur, Cinq-Continents, Milan, 2006-2007 – C’est la vie, chérie, texte des Jacques Sojcher, Université libre de Bruxelles, 2005 – Voies libres, texte de Caroline Lamarche, MET, Bruxelles, 2005 – Ateliers d’artistes, texte de Gita Brys-Schatan, Racine, Bruxelles, 2005 – Concours belges, en collaboration avec Michel Vanden Eeckhoudt, 1986. Chroniques immigrées, en collaboration avec Michel Vanden Eeckhoudt, Vie ouvrière, Bruxelles, 1978 – Attention, un Nikon peut en cacher un autre, Marc Vokaer, Bruxelles, 1975.